
Réunis le 12 octobre au Grand Palais, à Paris, les auteurs de Lefebvre Dalloz ont découvert les nouvelles orientations du groupe en matière d’intelligence artificielle. L’éditeur juridique et fiscal entend les associer davantage à la conception de ses outils numériques, tout en réaffirmant la nécessité de protéger leurs œuvres et de reconnaître leur expertise.
Un club utilisateurs doit ainsi permettre aux contributeurs de participer au développement des futurs produits intégrant l’IA. L’entreprise prévoit également de créer de nouveaux espaces dans ses interfaces numériques, afin de mettre en valeur leurs parcours, leurs publications et leurs domaines de spécialité.
Dans une communication diffusée après la rencontre, Lefebvre Dalloz précise avoir réuni plus de 350 auteurs. L’éditeur annonce également la création d’un « Bureau des auteurs », dont les attributions et le fonctionnement n’ont pas encore été détaillés.
Une charte pour encadrer les usages de l’IA
Autre engagement : l’élaboration d’une charte consacrée à l’intelligence artificielle. Celle-ci doit reposer sur plusieurs principes, notamment la protection des œuvres, le respect du droit d’auteur, la transparence des usages et la responsabilité des acteurs. Lefebvre Dalloz entend également y réaffirmer la primauté de l’intelligence humaine dans la production et la transmission des connaissances juridiques.
À ce stade, aucune date de publication ni modalité d’application n’a été communiquée. Les conditions d’utilisation des contributions des auteurs dans les systèmes d’IA, ainsi que les éventuelles dispositions contractuelles associées, restent à préciser. La portée concrète des engagements annoncés dépendra donc du contenu de cette charte et de sa mise en œuvre.
Ces initiatives prolongent une transformation technologique engagée depuis plusieurs années. En janvier 2024, Lefebvre Dalloz présentait GenIA-L, son assistant d’intelligence artificielle générative destiné aux professionnels du droit et du chiffre. Le dispositif s’appuie sur les fonds documentaires de l’éditeur pour répondre à des questions juridiques et donner accès aux références utilisées.
En juillet 2025, lors de sa prise de fonctions à la tête de Lefebvre Dalloz, Julien Tanguy avait fait de l’accélération de GenIA-L une priorité stratégique. Cette orientation accompagne la volonté de l’entreprise de développer ses services juridiques fondés sur l’IA, au-delà de ses activités traditionnelles d’édition.
Le déploiement s’est poursuivi dans la formation professionnelle. Depuis mai 2026, GenIA-L Assistant est progressivement intégré à plus de 700 formations de Lefebvre Dalloz Compétences. Les participants peuvent notamment interroger des ressources juridiques, analyser des documents et produire des synthèses.
Plus récemment, le 5 octobre, le groupe a annoncé l’obtention de la certification ISO/IEC 42001:2023 pour le système de management de GenIA-L. Cette norme internationale porte sur la gouvernance et la gestion des risques liés à l’intelligence artificielle. L’éditeur souligne que sa solution repose sur un corpus documentaire alimenté par le travail de rédacteurs internes et de milliers d’auteurs, universitaires et professionnels du droit.
La protection des auteurs au cœur des discussions
Cette démarche intervient alors que l’exploitation des œuvres protégées par les systèmes d’intelligence artificielle suscite de nombreuses revendications dans le secteur de l’édition. Consentement des titulaires de droits, transparence des données d’entraînement et rémunération des créateurs figurent parmi les principales questions soulevées.
En février 2025, plusieurs organisations internationales représentant les auteurs et les éditeurs avaient ainsi soutenu la Charte de Paris sur l’intelligence artificielle. Le texte défend notamment la transparence sur les œuvres utilisées pour entraîner les modèles, la négociation de licences et une rémunération équitable des ayants droit.
Le débat reste particulièrement vif. Le 12 octobre 2026, ActuaLitté rapportait que 120 éditeurs soutenaient le « Frankfurt Appeal » lors de son lancement. Porté par le syndicat allemand des éditeurs et libraires, cet appel réclame notamment que les fournisseurs d’IA identifient précisément les œuvres utilisées pour entraîner leurs modèles, afin de permettre aux titulaires de droits de faire valoir leurs prérogatives.
La démarche de Lefebvre Dalloz relève toutefois d’un cadre différent : il s’agit de définir les engagements d’un éditeur envers ses propres auteurs, alors que leurs contributions participent à la constitution des fonds documentaires sur lesquels reposent ses services d’IA. La question dépasse ainsi la protection des œuvres pour toucher à la place de leurs créateurs dans la conception et l’évolution de ces outils.
Présent dans huit pays européens, le groupe Lefebvre a réalisé un chiffre d’affaires de près de 560 millions d’euros en 2025 et emploie environ 2 500 collaborateurs. Ses activités couvrent l’édition, la formation et les logiciels destinés aux professionnels du droit, de la fiscalité et de la conformité.
Crédits photo © Lefebvre Dalloz
Par Dépêche
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